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Bilan 2007

CHEMINS DE MUSIQUE 2007

Le bilan de l'année 2007 est très satisfaisant au regard des objectifs que s'était fixée notre association. Le Séminaire de chant médiéval au mois de Janvier a permis une rencontre fructueuse entre chant grégorien et musiques traditionnelles. Des chanteurs et des instrumentistes sont venus présenter leur approche : il était possible de mieux comprendre comment s'opèrent la conduction du son et l'intelligence du discours dans les répertoires anciens.

Un stage en avril sur la Commune de Vouneuil sous Biard a permis à la vingtaine de participants de découvrir des chants en français peu connues prenant pour appui des airs de Cour, mais avec des paroles religieuses. Marco Horvat et les membres de son ensemble Faënza ont su conduire les membres de ce stage dans les arcanes de ce répertoire. Une publication d'un certain nombre de ces pièces doit voir le jour en collaboration avec les Editions Europart-Music.  

Un grand concert, le lundi de Pâques 9 avril, a réuni un public multi-culturel autour des Nouvelles voix de Saint-Petersbourg.

Chemins de Musique a soutenu l'organisation d'une Nuit Romane à Fontaine Le Comte, à la fin du mois d'août : moment de rencontre intense, bonne collaboration des partenaires locaux, magnifique prestation de la Compagnie Fin'Amour : ce fut une soirée réussie à cent pour cent.

Enfin, pour le mois d'Octobre, Chemins de Musique aide la Commune de Nouaillé-Maupertuis à mettre en place des animations scolaires et un concert  autour du thème "Negro Spirituals et Gospel Songs" avec une chanteuse noire-américaine, Jo Ann Pickens, le Trio Gospel Melody et le pianiste, Jan Stümke.

 

Comme chaque année, il y eut plusieurs Vigiles Musicales qui rassemblèrent un public toujours aussi motivé. Il faut souligner en particulier la soirée autour de la Suite liturgique d'André Jolivet.

 

Durant les deux premières semaines de Juillet, Chemins de Musique a proposé une programmation exigeante. Il s'agissait de poser des questions sur l'évolution des mentalités au tournant des XIXe-XXe siècles en s'appuyant sur des manifestations où le croisement de la littérature et de la musique permettait de mettre le doigt sur des points marquants.

Le concert d'ouverture, sur le mode pédagogique, permettait de prendre conscience de la naissance d'une école de chant religieux en France dans la deuxième moitié du XIXe siècle qui allait profondément marquer les esprits durant tout le XXe siècle : nouvelle approche du plain-chant et création d'un nouveau langage avec des musiciens issus de la Schola Cantorum et dans la mouvance de Gabriel Fauré. L'ensemble Gilles Binchois, plus spécialisé dans la musique médiévale ou ancienne, explorait là un terrain inhabituel mais d'une manière parfaitement adéquate. On aura apprécié en particulier le jeu de l'harmonium de Kurt Lueders : cet instrument relativement atone prenait sous ses doigts des couleurs très inattendues ; les commentaires de Jean-Yves Hameline intégrant des textes de Huysmans étaient particulièrement instructifs et permettaient de mieux apprécier les pièces chantées. Les voix étaient superbes et l'interprétation, d'un goût parfait.

La deuxième soirée laissa le public dans l'admiration. Le répertoire quasi inconnu de Victor-Dynam et Raphaël Fumet, à l'orgue et à la flûte, est apparu à tous comme une révélation. Gabriel Fumet, flûte, sut magnifiquement entraîner le public dans un monde aux fortes résonances poétiques, tandis que Jean-Paul Imbert, orgue, dans une maîtrise parfaite d'un orgue tous tuyaux déployés, soulevait de terre le public. Quelques textes de Huysmans tirés de son roman la Cathédrale avaient été judicieusement choisis pour ponctuer les pièces musicales. Ces textes venaient bien après la visite dans l'après-midi de la Cathédrale et de Sainte-Radegonde sous l'angle des préoccupations du XIXe siècle.

Le lendemain, changement de décor. Cela se passait dans l'amphithéâtre Venance Fortunat de la Maison diocésaine de Poitiers. Nouvellement aménagé dans l'ancienne chapelle du Séminaire, cette salle peut parfaitement convenir pour des concerts. L'ensemble Mikrokosmos présentait là des transcriptions pour quatre voix mixtes de mélodies de Fauré écrites à l'origine pour voix et piano. L'exercice était inattendu mais le résultat probant : on se laissait emporter par le charme de la musique et par la pertinence des voix. Les textes résonnaient à nouveaux frais sous cet habit vocal magnifiquement drapé par le chef de chœur Loïc Pierre. A côté de Fauré, divers compositeurs du XXe-XXIe siècle furent présentés. On se rappellera, évidemment, la surprenante procession mohicane de Brent-Michaël Davids où le chœur réalisait une performance tout autant physique que musicale. On regrettera peut-être le côté un peu désordre de cette programmation qui aurait gagné à mieux approfondir les choix de contenu et de sens, plutôt que la simple variété. Mais les couleurs étaient belles et le public s'est beaucoup réjoui. La visite de l'après-midi permettait aux nombreux participants de découvrir ce quartier mal connu de la Trinité et ce lieu très vivant qu'est le Séminaire de Poitiers où se tient notamment la Bibliothèque diocésaine que l'on pu visiter sous la conduite de son responsable, le Père Gérard Blochat.

 

La deuxième semaine présentait un caractère bien différent de la première. Il s'agissait de porter l'attention du public sur le tournant décisif que prit le langage musical au début du XXe siècle avec des styles très divers. Le concert Ravel par Alexandre Tharaud, piano, était d'un charme irrésistible. Dans la salle du domaine des Piliers, l'interprète était tenu de jouer serré sans aucune possibilité de développer le discours sur une résonance avantageuse comme celle des grandes salles de concert. Si bien, que l'on entendait tous les détails à la perfection et qu'une telle exigence poussait le musicien et les auditeurs dans les retranchements d'un langage d'une infinie profondeur. Le lendemain, même décor, mais avec un parcours de chant et piano sur des mélodies allant de Fauré à Poulenc. Ingrid Perruche, soprano, fut époustouflante : maîtrise, grâce, souplesse, présence, tout y était et particulièrement l'adéquation totale entre texte et musique. Là était tout l'intérêt de ce concert qui permettait de se rendre compte par ailleurs à quel point les musiciens français de ce début du XXe siècle ouvraient des pistes dont certaines ont encore beaucoup à dire.

Le Logis des Piliers est un lieu enchanteur : visite et soirée de salon comme au temps de Ravel l'ont bien mis en valeur.

 

Le Musée Sainte-Croix ouvrit ses portes pour Chemins de Musique le samedi 7 juillet. On put voir la collection des pièces de Redon et Moreau, amis de Huysmans et entendre deux quatuors à cordes en contraste : celui de Fauré et le deuxième de Schönberg où il rompt définitivement avec l'univers tonal. L'une et l'autre pièces étaient difficiles mais interprétées avec un talent confondant par le quatuor Ebène et à nouveau Ingrid Perruche pour le Schönberg. Fauré représente le courant français et Schönberg est l'initiateur de l'école de Vienne : deux esprits et deux musiques radicalement opposés cherchant l'un, le dépouillement dans un langage essentiel, et l'autre la liberté d'un propos hyper-romantique sans contrainte aucune héritée du passé. Moment fort où la tension du propos, notamment dans le quatuor avec Soprano de Schönberg, donnait à percevoir combien certaines étapes de langage marquent profondément l'évolution de l'histoire. Car, en effet, après ce Schönberg-là, les compositeurs ne pouvaient plus y rester indifférent : c'est seulement depuis quelques années que le dodécaphonisme de Schönberg est radicalement mis en cause par certains jeunes compositeurs.

 

Concert de clôture à l'Abbaye de Ligugé. Après une conférence de Philippe Barascud dans l'après-midi suivi par de nombreux auditeurs, l'ensemble instrumental La Follia donnait le concert. Les cordes étaient parfaitement en situation dans cette acoustique généreuse mais où le son ne se perdait pas. Une sublime pièce du XIXe siècle, de G. Lekeu proposait une méditation instrumentale d'une profondeur inouïe sur un thème tiré de la Passion du Christ :  « Mon âme est triste à en mourir ». Après quoi, étaient évoquées des situations d'amour blessé avec des compositeurs du début du XXe siècle : Respighi et à nouveau Schönberg ouvrant ainsi sur des langages issus de différents pays d'Europe. Une pause sereine avec une Romance de Sibelius, ce finlandais si mélodique et enfin les Illuminations de Benjamin Britten sur des extraits du texte d'Arthur Rimbaud, qui parle aussi d'amour d'une autre manière. La soprano Géraldine Chauvet donnait le meilleur d'elle-même dans ses interventions où elle faisait preuve d'une présence et d'une bonne prise en main de la situation un peu délicate en raison notamment de l'acoustique. Le public fut là aussi conquis.

 

Ces Journées ont donc pu mettre en valeur quelques points de repère dans l'analyse des phénomènes :

Tout d'abord, la personnalité de Huysmans est à redécouvrir. Cet homme est très moderne dans ses options personnelles : il s'intéresse à la matière (ô combien) comme, en un deuxième temps, à l'esprit, et même à l'esprit dans la matière : cette expérience fut vécu par lui d'une façon très poignante au moment de ces dernières semaines en ce monde dans un total abandon de lui-même, confronté à la grande souffrance d'un cancer de la gorge.

Les XIXe-XXe siècle ont ouvert des pistes tant en musique qu'en littérature, mais elles sont parfois très divergentes, voire opposées ; il serait bon de reprendre tel ou tel aspect du thème « Musique et littérature », une année suivante pour y voir plus clair dans le rapport que nous entretenons avec ce patrimoine et pour mieux se disposer aujourd'hui.

Le côtoiement d'interprètes d'une telle qualité permet de mieux toucher du doigt l'intensité de l'expérience partagée avec eux. Chemins de Musique se doit de poursuivre le contact avec de si bons musiciens.

Le public s'est nettement renouvelé cette année : CDM commence à drainer plus large et l'on ne peut que s'en réjouir.

Les projets pour les mois à venir tout toujours aussi abondants, tous ne se réaliseront pas mais désormais on sait les options qui seront prises : qualité, intensité de la démarche, recherche de sens.

 

 

 
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