L’Association Chemins de Musique vient d’organiser un stage sur les psaumes en français de la Renaissance et du Baroque.
Une vingtaine de personnes très motivées s’étaient inscrites à ce temps de travail conduit par Michel Laplénie, directeur de l’Ensemble Sagittarius et de l’Ensemble Vocal de l’Abbaye aux Dames de Saintes.
A première vue, le sujet paraît relever de la simple recherche musicologique. Qui s’intéresse aujourd’hui à ce répertoire ? On peut cependant l’entendre encore pour une part dans les communautés protestantes. En fait, les psaumes en français traduits par les Réformateurs protestants ont été un facteur d’évolution de la langue française à l’usage d’un large public qui pratiquait initialement ce répertoire dans le cadre de la veillée familiale. Il y a là un phénomène non seulement musical, mais aussi bien sûr religieux et social du plus haut intérêt. Marc Desmet, co-animateur du stage et professeur de musicologie à Saint-Etienne, spécialiste de ce sujet dont il a fait une thèse, a bien su dégager les divers aspects de cette évolution culturelle à travers la musique du Moyen-Age au Baroque en passant par la Renaissance.
Dans ces textes, le traitement de la langue est particulièrement soigné par des poètes comme Clément Marot, Théodore de Bèze ou Jean-Antoine de Baïf et bien d’autres.
Quant à la musique, elle est souvent héritée d’un fond mélodique ancien, sacré ou profane, mis à la disposition du nouveau message religieux. Il y a là une révolution considérable qui ne manquera pas d’avoir des répercutions sur les comportements. D’autant plus que la diffusion de cet ensemble sera favorisée par l’apparition de l’imprimerie. Les compositeurs catholiques du 17ème siècle ont voulu imiter leurs homologues réformés et ont écrit des paraphrases de psaumes qui ont été mises en musique avec un rare bonheur.
Il est intéressant de constater à quel point le sentiment religieux peut être traduit de manière différente dans l’un et l’autre cas. Si l’art musical du 16ème siècle s’exprime avec une certaine retenue, les compositeurs de la Contre-Réforme ne manquent pas de laisser libre cours à leurs passions et aux manifestations sensibles qui en découlent.
Ce répertoire des psaumes du 17ème siècle est peu connu, mais Marc Desmet su le mettre à la portée de tous, y compris lors du Concert-lecture offert par les stagiaires dans l’Eglise de Vouneuil-sous-Biard. Ce soir-là le public a pu admirer le travail impressionnant fourni par les chanteurs en seulement deux où trois jours de travail et découvrir de nouvelles musiques : certaines pièces n’avait probablement jamais été rechantées depuis le 17ème siècle.Ce stage appelle incontestablement une suite : les musiciens auraient sûrement tout intérêt à fréquenter un tel répertoire qui fait toucher du doigt le génie musical de la langue française, spécialement lorsqu’elle est prononcée selon les règles de ces époques soucieuses du bien-dire. En chantant ces répertoires, les interprètes pourraient acquérir une intelligence de l’articulation musicale d’une la langue française avant même d’aborder des œuvres plus conséquentes du répertoire classique où bien souvent le texte est insuffisamment respecté.
En conclusion, venaient inévitablement des questions relatives à la mise en musique actuelle des textes de psaumes. C’est là une autre piste de travail que Chemins de Musique ne manquera pas d’aborder lors d’autres séances de travail.